Add to Technorati Favorites

15 septembre 2009

The good heart

A votre bon cœur

Encore un joli moment au Festival du Film Américain de Deauville 2009 avec la présentation en compétition de « The good Heart », un film de 2009 de Dagur Kari qui signe non seulement la réalisation, mais aussi le scénario et qui cosigne la musique. Un petit film attachant dans une drôle d'ambiance américano-française tellement naturelle qu'elle ne se dit même pas et est encore moins expliquée.

Affiche USA (movieposterdb.com)

Lucas (Paul Dano) est un jeune SDF, d'une gentillesse proche de la simplicité, qui vit sous un pont à New York et qu'une tentative de suicide amène à un lit d'hôpital. Jacques (Brian Cox) est un patron de bar ronchon et solitaire que son cinquième infarctus conduit dans le lit d'hôpital mitoyen. A leur sortie, Jacques, qui n'est pas homme à laisser le destin et sa santé déclinante décider pour lui, propose à Lucas de l'embaucher, nourri et logé, pour le former en vue de prendre sa succession. Et de fait, c'est une formation à temps plein que conduit Jacques, guidant Lucas dans tous les petits secrets qui font le bon tenancier de bar : le nombre optimal de clients en même temps dans les locaux, la juste distance face aux clients, le bon moment pour débarrasser les verres, la bonne façon de préparer le café ...

Tout se passe bien jusqu'à ce que débarque April (Isild Le Besco), hôtesse de l'air licenciée pour cause de peur de l'avion, que Lucas décide de secourir et d'héberger, jusqu'à l'épouser sur un coup de tête. Jacques, qui avait d'autres plans pour l'avenir de Lucas et qui a des idées précises sur la place - ou plutôt l'absence de place - d'une femme dans un bar, finit par s'incliner à contre-cœur, à tolérer sa présence, jusqu'à presque l'apprécier.

Mais les infarctus se répètent, au point qu'une greffe cardiaque devient la seule solution pour Jacques. Dès lors, les jours s'écoulent dans l'attente du coup de téléphone qui l'informerait d'un cœur disponible. Jusqu'au renversement final.

C'est au fond une histoire toute simple de transmission, presque d'initiation, d'entraide et de solidarité, presque de filiation. Une histoire d'acceptation aussi, d'acceptation du destin, d'acceptation de l'autre, de reconnaissance, autant de ce que l'autre fait pour soi que de ce qu'il est réellement. C'est simple, c'est calme, c'est émouvant. C'est parfois un peu caricatural, raccourci, ne faisant qu'évoquer les chemins de traverse qui auraient été possibles. Mais ça touche au but, et c'est l'essentiel.

Le jeu est juste, sans emphase ni retenue, sans excès ou cabotinage. Peut-être un peu de surjeu dans l'interprétation par Paul Dano d'un Lucas un peu simplet jusque dans sa posture, mais c'est finalement un détail.

L'ambiance intime de ce bar d'habitués, comme on l'attendrait davantage d'un bistrot européen que d'un bar américain, sombre et vaguement crasseux, vieillot et manifestement habité d'un passé, de non-dits, à l'image de son propriétaire, finalement chaleureux sans en avoir l'air, fait immédiatement sentir son âme, son humanité même si elle est rugueuse.

Le petit mystère du film vient de ce qui motive ces références répétées à la France. Peut-être le souvenir du réalisateur islandais né à Paris, mais est-ce suffisant ? Pourquoi le choix du prénom de Jacques pour le patron du bar ? Pourquoi le choix d'Isild Le Besco pour le rôle d'April dont le prénom, malgré son accent, renvoie néanmoins à une origine anglo-saxonne ? Pourquoi du champagne comme première commande d'April entrant dans le bar ? Pourquoi la présence récurrente parmi les clients réguliers, d'un descendant de Jules Verne (Bill Buell) qui ne parvient pas à rédiger le livre qu'il aimerait écrire ? Sans doute y a-t-il là matière à décanter un petit peu. Le jeu des symboles, sur ce point comme sur d'autres, est trop apparent pour ne pas mériter attention, mais pas suffisamment limpide pour s'épuiser à la première lecture, et c'est aussi un des plaisirs d'un film qui fonctionne manifestement à plusieurs niveaux.

Aucun commentaire: